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Bonjour à tous et à toutes,
Je m’appelle Marie-Josée. J’ai 27 ans
et je suis membre de l’AQPPT depuis 2004. On m’a demandé de faire un
témoignage sur mon vécu en tant que personne de petite taille et je le
fais avec plaisir. J’espère pouvoir aider les parents d’enfants de
petite taille, les jeunes enfants, les adolescents et jeunes adultes de
petite taille en racontant ma vie qui est assez unique!
Ma forme de nanisme est la dysplasie
spondylo épiphysaire multiple. Je ne mesure que 3 pieds 6. Le mot «
multiple » veut dire que j’ai d’autres déficiences qui sont de type
sensorielles : auditive et visuelle. Je suis malentendante, appareillée
aux 2 oreilles. Je suis malvoyante, car j’ai eu des cataractes
congénitales suivies par des opacités de la cornée. À l’âge de 10 ans,
j’ai reçu le diagnostic d’une neuropathie périphérique : insensibilité
à la douleur et au chaud-froid. C’est sans compter les problèmes de
pieds. Vers l’âge de 13 ans, on a découvert une autre déficience au
niveau métabolique : un déficit en cortisol, l’hormone du stress
sécrétée par les glandes surrénales. Je suis sous hormone de croissance
(Nutropin AQ) depuis 4 ans pour régulariser mon métabolisme. Je pense
que c’est bien assez. Je vous dirais à la blague que j’ai gagné le gros
lot... en maladies! Sans dire les nombreuses visites dans les hôpitaux
: endocrinologue, infirmière pour les soins des pieds, ophtalmologiste,
audiologiste, orthopédiste, audioprothésiste, etc.
Moralement et psychologiquement, c’est
difficile. Je vous mentirais si je vous disais le contraire. C’est
difficile de composer avec toutes ces limitations. En fait, vous allez
être sûrement surpris mais le handicap que j’ai le plus de difficulté à
gérer et qui engendre pour moi énormément de frustrations, ce n’est pas
ma petite taille, c’est vraiment mon handicap auditif, le fait d’être
malentendante. Je crois que c’est une réalité que peu des gens
connaissent. Être sourd, les gens connaissent bien ce terme, mais être
malentendante, c’est quoi ça? Je parle très bien, car j’ai été suivie
très jeune en orthophonie pour des problèmes de langage. Beaucoup
s’étonnent d’apprendre ça. Je demande souvent de répéter ou de ne pas
mettre la main devant leur bouche, car je lis sur les lèvres. C’est
plein de petites choses qu’on ne pense pas toujours. Être malvoyante,
ce n’est pas toujours facile non plus surtout qu’être de petite taille,
ceci emmène toute une réorganisation comme se trouver des trucs pour
notre sécurité et ceci exige beaucoup de débrouillardise. Être «
aveugle », tout le monde connaît ça, mais le terme « malvoyante,
semi-voyante » c’est moins connu.
Au point de vue de la mobilité, j’ai
plusieurs moyens de me déplacer : mes jambes pour des courtes
distances. Pour des longues distances, je me déplace en quadriporteur
de type « Go-Go ». Pour faciliter des déplacements à des endroits non
adaptés, j’ai un fauteuil manuel ce qui permet à une autre personne de
me pousser car parfois dans les lieux non accessibles, c’est le
compromis à faire. Quand j’ai des douleurs articulaires, j’utilise des
béquilles canadiennes. Disons que je suis assez équipée, c’est le cas
de dire! Je n’ai pas de voiture à cause de ma vision. Je voyage donc en
transport adapté avec la Société de transport de Montréal (STM).
Malgré tout, cela ne m’a pas empêché
de faire les choses comme tout le monde, mais pour y arriver, ma mère a
toujours été présente tout le long de mon cheminement scolaire jusqu’à
l’université où j’ai décidé de me prendre en main et d’être plus
autonome en quittant la maison familiale. Ma mère a toujours été là
quoi qu’il arrive. L’entrée dans le monde scolaire a été une bataille
incessante et épuisante. Malheureusement, c’est encore la même chose à
l’université. Ceci demande énormément de ténacité et de détermination.
Beaucoup ne croyaient pas en moi, même les médecins ont cru que je ne
finirais jamais mon secondaire! Mon passage au primaire a été une des
périodes qui m’a laissé des souvenirs très douloureux. Je suis toujours
étonnée d’entendre certaines personnes de petite taille me dire n’avoir
jamais vécu le rejet des étudiants que ce soit au primaire ou au
secondaire. On a supposé alors que ce n’était peut-être pas ma petite
taille qui en était la cause, mais de toutes mes limitations et
l’attention plus particulière que certains professeurs portaient sur
moi.
L’adolescence... quelle période
mouvementée! Révoltée d’être multi-handicapée, et de la surprotection
dont je faisais l’objet par certaines personnes. J’étais en pleine
crise d’identité, en pleine quête du sens de la vie. Durant cette
période-là, je ne me reconnaissais pas comme une personne de petite
taille, ni une personne handicapée. Je clamais à tout le monde que je
suis une personne normale, point à la ligne. Si quelqu’un cherchait
obstinément à me faire comprendre que je ne peux pas être normale, je
piquais une de ces colères! Ça m’a pris un certain temps pour
comprendre qu’effectivement, je ne pouvais pas être normale, j’étais
simplement une personne multi-handicapée. En fait, je peux dire «
normale », mais une personne qui vit avec des limitations. Dur, dur de
se faire accepter sans ressentir un certain scepticisme de la part de
quelques personnes.
Malgré tout cela, j’ai entrepris les
études collégiales au cégep St-Jean-sur-Richelieu en Arts et Lettres
profil culture et littérature. Avant tout, je voudrais préciser que
pendant tout mon parcours au secondaire, je rêvais d’être travailleuse
sociale. Cependant, j’avais changé d’idée car je ne me sentais pas à la
hauteur et j’avais presque une peur bleue des jugements sur mes
handicaps. Je me demandais toujours quel genre de remarque je pouvais
avoir sur ma grandeur. Déjà que plusieurs personnes qui me rencontrent
la première fois me prennent pour un enfant. Comment leur expliquer?
Les enfants et les personnes âgées me faisaient souvent craindre le
pire des scénarios... Disons que les questions indiscrètes ne manquent
pas! Je me tanne parfois de toujours répéter la même affaire et j’ai
envie de me braquer, de ne plus parler à personne pour ne plus me faire
achaler.
Par contre, l’humour aide à
dédramatiser les situations. Peut-être qu’avec le temps, je comprendrai
mieux ce principe, mais quand on a une tolérance limitée, c’est moins
évident de l’appliquer.
C’était loin d'être mon idée de faire
des études universitaires. En 2003, j’ai eu un emploi d’été à la
Société d’histoire du Haut-Richelieu et j’ai eu le coup de foudre en
voyant les archives généalogiques, historiques, etc. Je me suis
informée sur la formation académique en documentation, archivistique et
la possibilité d’emploi dans ce domaine. J’ai vu que l’Université de
Montréal offrait un certificat en archivistique. J’ai fait la demande
et j’ai été acceptée. On me recommandait de faire un baccalauréat
puisqu’il y avait plus de chances pour obtenir un emploi par la suite.
J’ai donc fait un 2ième certificat en gestion de l’information
numérique. Présentement, je suis à mon 3ième certificat en Intervention
auprès des jeunes. Mon rêve de devenir une travailleuse sociale ne
m’avait jamais quittée et je le réalise en quelque sorte. En général,
l’Université est un gros défi pour moi. J’ai rencontré beaucoup
d’embûches et ça demande beaucoup de caractère, de persévérance et le
plus important, c’est de croire en nos rêves, en nos capacités.
M’entourer des gens qui croient en moi et qui m’encouragent dans ce que
j’entreprends, c’est très gratifiant et ça me donne encore plus le goût
de continuer. J’aimerais mentionner que pendant mon parcours
universitaire, j’ai travaillé 2 été à Montréal : pour la Ville de
Montréal, arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie et à l’Association
québécoise des personnes de petite taille. Les 3 autres emplois d’été
se sont déroulés à St-Jean-sur-Richelieu. Le fait de travailler me
donnait le sentiment d’être utile, d’être quelqu’un. J’ai fait aussi du
bénévolat pour ne nommer que celui-ci : faire partie du conseil
d’administration de l’AQPPT pendant 2 ans.
Depuis mon adolescence, j’aimerais
faire un livre autobiographique qui parlera de ma vie. J’aimerais
tellement détruire les préjugés et sensibiliser les autres à la réalité
des personnes handicapées. S’il y a bien une chose que je déteste le
plus au monde, c’est bien la pitié et la bêtise humaine.
En dehors de mes études, mes
passe-temps sont d’écouter de la musique. Je ne peux pas m’en passer,
c’est ma véritable drogue! J’aime écrire, lire, aller voir mes amis.
J’adore l’Internet, mon ordinateur occupe la plus claire partie de mon
temps compte tenu que c’est un outil essentiel pour mes études. J’aime
bien le billard, les quilles et j’aime par-dessous tout : la danse! Il
m’arrive parfois de chanter. La danse, le chant et l’écriture ont été
mes grands sauveurs quand je vivais des moments difficiles. C’était ma
thérapie et elle l’est encore d’ailleurs.
Je vous laisse donc avec une citation
d’Albert Camus qui s’applique bien à notre réalité: « En vérité, le
chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout.”
Marie-Josée B., janvier 2009
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