|

Je vous présente Anne-Véronique, lors
d'un match de
basket-ball en fauteuil roulant (ou mini-basket) présenté
pour la première fois aux Jeux du Québec qui se sont tenus
à Blainville.
Revenons en arrière,
plus précisément le jeudi 22 décembre 1994 à 16.00 heures
P.M alors que je reçois un appel à mon de travail de la part
de mon épouse Diane. Sous le coup de l'émotion, elle me
raconte la teneur d'un appel téléphonique tenu il y a quelques minutes
à peine avec les services de la direction de la protection de la
Jeunesse, lesquels tentent de
trouver une famille d'accueil pour un bébé de 5 semaines.
Eh oui!
Après une attente de plus de cinq ans, une réponse nous
parvient moyennant une réponse positive de notre part... dans
l'heure qui suit. Quelques appels téléphoniques plus
tard et une attente jusqu'au lendemain vendredi après-midi vers les
deux
heures (il va sans dire que je ne rentre pas au travail car après
tout... nous attendons
un bébé) ils, non, elles arrivent tenant un bébé dans les bras (lire
les travailleuses
sociales). Les présentations faites, elles nous demandent si
nous désirons toujours le bébé ou elles le ramènent avec
elles car, après tout, elle pleure tout le temps et nécessite
d'être toujours tenue. Une troisième chose que l'on nous apprend : elle
a les pieds bots depuis sa
naissance. Réponse : Elle est ici et elle ne sort pas d'ici
(ici, je prends un ton sans équivoque).
Joyeux Noël et Bonne Année.
Le temps des
Fêtes étant
terminé, nous prenons les actions nécessaires pour faire
soigner ce bébé qui,
curieusement, n'a pas pleuré depuis ce temps.
Après les
autorisations requises, les visites se succèdent pendant plus
de deux ans et ce dans les trois hôpitaux dédiés aux soins
des enfants. Quoique routinier, nous n'en ressentons pas pour
autant d'inconvénients majeurs.
Mais vient le
jour où
l'orthopédiste vient nous partager son inquiétude face à
Anne-Véronique. Alors
commence ce que l'on ne pouvait s'imaginer à ce moment. Nous
sommes dirigés vers le service de génétique du Montreal
Children Hospital où l'on nous annonce que Anne-Véronique
souffre d'une absence d'une enzyme importante qui la classe,
et ce depuis sa naissance, comme une personne de petite
taille. Elle est atteinte du Syndrome de Morquio. Qu'est-ce...
Comment... Que
fait-on? La seule
consolation est que l'on nous met en contact avec un couple
ayant eux-mêmes des enfants atteints du syndrome de Morquio
et, par la suite, nous met en contact avec l'AQPPT qui nous
soutient tout au long du processus de la découverte et
l'apprentissage de la maladie de celle qui est devenue notre
fille au sens propre du terme depuis
environ un an. Téléthon, reportage journalistique et visite
à l'hôpital meublent
notre quotidien sans nous donner plus de réponses à nos
questions sinon cette réponse que j'ai fait lors d'une
interview avec un journaliste du journal de Montréal qui me
revient à l'esprit après tant d'années : Nous ne faisons
pas de projets, nous vivons au jour le jour. Aujourd'hui,
j'aimerais dire ceci : Pouvons-nous faire des projets lorsque
nous ne connaissons pas seulement ce que sera demain, voir ce
que sera aujourd'hui-même?
Les choses
prendront
une nouvelle tournure lorsqu'Anne-Véronique,
qui a atteint ses 4 ans (1998), doit subir une opération à
laquelle elle ne peut échapper, soit une fusion des deux vertèbres
appelées C1-C2 afin d'échapper à une paralysie. Cette opération lui
donnera de vivre un séjour de
plusieurs semaines
à l'hôpital. Si ce séjour à l'hôpital semble lui
convenir, il n'en est pas
pareil pour les parents. Maman demeurera et vivra les désagréments
que cela comporte (promiscuité des lieux, inconfort, sommeil troublé
par la routine des
infirmières, etc.). Pour
ma part, je ne peux me résoudre à assister à cette opération
prétextant de devoir travailler. Toutefois, quelle est ma
surprise de la voir assise dans son lit, riant
malgré une longue opération et un plâtre qui lui sert de vêtement. Un
enfant possède des ressources insoupçonnées qui ne
manqueront d'impressionner son entourage (même son père).
Quelques mois à peine se sont écoulés et voilà qu'elle
doit subir une intervention d'urgence alors que la bactérie mangeuse de
chair a élu
domicile dans sa nuque. Suite à cela, elle portera pour environ six
mois un cerceau
rattaché à la tête et à la taille.
À 6 ans,
après un répit
de plusieurs mois et un séjour
à Walt Disney dans le cadre d'une activité de Rêves
d'Enfants, il s'ensuit une nouvelle opération aux hanches et
au dos.
À 8 ans, une
nouvelle
opération s'avère nécessaire pour corriger une faiblesse
des jambes.
Depuis ce temps, Anne-Véronique vit
une situation stable quoique de fréquents
maux de têtes et maux de coeur accompagnés de vomissements
nous laissent perplexes. À 14 ans, ayant à coeur de lui
permettre de se dépasser, je me mets à la recherche d'une
activité qui saurait lui plaire (Nintendo et Game Boy combinés
aux jeux sur ordinateur m'y obligent). Et c'est reparti,
musique et basket-ball auquel la natation vient de se rajouter
mais déjà on me parle de compétition en natation...
Laissez-moi respirer vous demande un père essoufflé car au
travers de tout cela, Diane et moi-même subissons également
le poids des années qui passent avec son lot de maladies,
d'opérations, de découragements et de petites joies. Néanmoins,
je suis interpelé pour améliorer son quotidien à l'école
plus particulièrement au travers du comité consultatif aux
élèves handicapés et aux élèves en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage de la commission scolaire des
Milles-îles et dans son quotidien de tous les jours (n'avons
nous pas participé aux jeux du Québec, au tournoi Provincial
et finalement, au mois de mai dernier, au Défi Sportif qui
leur a valu d'obtenir une médaille de bronze en équipe en
plus de battre les meilleures équipes en lisse dans un
premier tour.)
(Vous l'ai-je déjà dit… Laissez-moi
respirer).
Je me permets de vous partager un
petit secret : suite à cette victoire du Défi
Sportif, une réunion d'équipe s'est tenue à l'écart de
tous au cours de laquelle les joueurs et joueuses étaient
invitées à partager
leurs impressions face à l'année qu'ils (elles) venaient de
vivre. Deux joueurs ont spontanément vanté l'apport qu'Anne-Véronique
a su insufflé à l'équipe par son enthousiasme et son désir
de jouer. L'entraîneur a ensuite lui-même partagé sa joie
du travail effectué par Anne-Véronique
malgré son peu d'expérience. Je crois important de vous dire
qu'elle a commencé à jouer qu'à deux semaines, non plutôt
deux dimanches de la tenue des jeux du Québec au cours
desquels elle a refusé de déclarer forfait malgré un état
d'épuisement évident. J'ai pu voir à ce moment le visage
d'une jeune fille (ma fille) se
couvrir d'un beau sourire et de fierté et un coeur de père
se serrer jusqu'à… excusez, j'ai une poussière dans
l'oeil.
Bien à vous!
Claude L., juin 2009
|